{"id":1926,"date":"2017-07-09T16:40:07","date_gmt":"2017-07-09T14:40:07","guid":{"rendered":"http:\/\/meriech.org\/?p=1926"},"modified":"2025-11-27T23:09:21","modified_gmt":"2025-11-27T21:09:21","slug":"%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%af%d9%86-%d8%a3%d8%b1%d9%88%d8%a7%d8%ad-%d8%a8%d8%b9%d8%b6%d9%87%d8%a7-%d9%85%d9%86-%d9%85%d8%ad%d8%a8%d8%a9-%d9%88-%d8%a8%d8%b9%d8%b6%d9%87%d8%a7-%d8%a7%d9%84%d8%a2%d8%ae%d8%b1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/%d8%a7%d9%84%d9%85%d8%af%d9%86-%d8%a3%d8%b1%d9%88%d8%a7%d8%ad-%d8%a8%d8%b9%d8%b6%d9%87%d8%a7-%d9%85%d9%86-%d9%85%d8%ad%d8%a8%d8%a9-%d9%88-%d8%a8%d8%b9%d8%b6%d9%87%d8%a7-%d8%a7%d9%84%d8%a2%d8%ae%d8%b1\/","title":{"rendered":"Les villes sont des \u00e2mes : certaines faites d&rsquo;amour, d&rsquo;autres que nous faisons n\u00f4tres au seuil de l&rsquo;absence."},"content":{"rendered":"<p>Lisbonne<\/p>\n<p>Entre les pages du guide touristique, je cherchais une ville qui me permettrait de respirer \u00e0 nouveau, loin des artifices des grandes m\u00e9tropoles et des lumi\u00e8res artificielles des villes modernes. Je recherchais des noms, des \u00e2mes, des senteurs, un parfum qui me ram\u00e8nerait \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;arabit\u00e9, \u00e0 la fois absente et pr\u00e9sente quelque part. Je cherchais une lueur pour raviver mes sens et colorer les traits de notre r\u00e9alit\u00e9, un \u00e9clat d&rsquo;espoir pour reconstruire nos fractures, une statue au milieu des ruines. Je cherchais \u00e0 me retrouver, loin de moi-m\u00eame, \u00e9puis\u00e9 par les nouvelles des journaux du matin, qui affirment qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de lendemain pour nous, que nous avons un jour convenu de ne jamais \u00eatre d&rsquo;accord. Combien avons-nous besoin de fuir un peu pour pouvoir voir \u00e0 nouveau. J&rsquo;ai rempli mes valises dans un d\u00e9sordre total, mais avec une destination bien pr\u00e9cise en t\u00eate : le voyage, c&rsquo;\u00e9tait Lisbonne.<\/p>\n<p>Ta destination : le bonheur<\/p>\n<p>Ma premi\u00e8re destination, en descendant de l&rsquo;avion, \u00e9tait de trouver la station de m\u00e9tro dans une ville qui vous pousse \u00e0 poser tant de questions. Tout a commenc\u00e9 par une pancarte accroch\u00e9e au miroir avec l&rsquo;inscription : \u00ab\u00a0Ta destination : le bonheur.\u00a0\u00bb Cela m&rsquo;a fait r\u00e9fl\u00e9chir, non pas si la destination allait vraiment me rendre heureux, mais sur le concept m\u00eame du bonheur dans les tunnels du m\u00e9tro. La plupart des gens ne prennent pas l&rsquo;habitude de se poser des questions essentielles, comme : \u00ab\u00a0Sommes-nous vraiment heureux ?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0Comment atteindre le vrai bonheur ?\u00a0\u00bb Bien que ces questions soient simples, elles n\u00e9cessitent une grande r\u00e9flexion. Les bureaux se sont remplis de th\u00e9ories diverses, notamment en psychologie, mais ils peinent \u00e0 d\u00e9finir la signification r\u00e9elle du bonheur. Sommes-nous vraiment heureux ? Comment mesure-t-on le bonheur ? Et comment juger qu&rsquo;un peuple est heureux ? Est-ce en fonction du d\u00e9veloppement et de l&rsquo;ordre du pays, de la pr\u00e9servation du patrimoine ancien, ou des rires des passants et des joies chant\u00e9es \u00e0 Lisbonne ? Serai-je heureux une fois mes \u00e9tudes termin\u00e9es, ou quand je trouverai un emploi, ou peut-\u00eatre quand mes enfants auront grandi, ou quand je changerai de pays ? Nous pourrions vivre dans un pays technologiquement avanc\u00e9, et malgr\u00e9 ses lumi\u00e8res \u00e9clatantes, notre lumi\u00e8re int\u00e9rieure pourrait rester \u00e9teinte. \u00c0 l&rsquo;inverse, nous pourrions \u00eatre dans un pays en retard, mais heureux malgr\u00e9 tout, avec toutes ses contradictions. Le v\u00e9ritable bonheur, malgr\u00e9 sa complexit\u00e9, reste tr\u00e8s simple : il r\u00e9side en nous, dans notre fa\u00e7on de voir les choses. Il se trouve dans une tasse de caf\u00e9 du matin avec quelqu&rsquo;un qu&rsquo;on aime, dans une conversation avec un ami qui nous comprend, dans les petites touches de positivit\u00e9 qui illuminent nos journ\u00e9es, dans un r\u00eave que l&rsquo;on s&rsquo;efforce de r\u00e9aliser, dans le don de soi sans attendre de retour. Nous pourrions \u00eatre heureux, peu importe le pays o\u00f9 nous vivons. Le bonheur est une paix int\u00e9rieure, une d\u00e9cision. Il r\u00e9side dans le fait de vivre l\u2019instant pr\u00e9sent. Et alors que la voix de ma station annon\u00e7ait que j&rsquo;\u00e9tais arriv\u00e9 \u00e0 Lisbonne, je suis descendu avec beaucoup d&rsquo;excitation, de curiosit\u00e9 et d&rsquo;attente.<\/p>\n<p>Lisbonne, te souviens-tu encore de ceux qui sont pass\u00e9s par ici un jour ?<\/p>\n<p>Le sentiment de nostalgie est-il toujours aussi soudain ? Tout au long de ma promenade \u00e0 Lisbonne, une question me poursuivait o\u00f9 que j&rsquo;aille : je la posais aux ruelles qui parlaient toutes les langues, aux rues orn\u00e9es de toutes les civilisations successives, dans cette ville vieille de plus de trois mille ans, situ\u00e9e sur sept collines. Lisbonne, te souviens-tu encore de ceux qui sont pass\u00e9s par ici il y a longtemps ? Ce sentiment de nostalgie existe-t-il toujours pour ceux qui ont travers\u00e9 ces lieux pendant cinq si\u00e8cles entiers ? Existe-t-il encore une nostalgie pour la Porte du D\u00e9troit, la Porte d&rsquo;Alfama, la Porte de la Mer, la Porte du Bain, la Porte du Cimeti\u00e8re et la Porte du Soleil, o\u00f9 tant d&rsquo;amoureux se sont rassembl\u00e9s \u00e0 la recherche d&rsquo;eau, de jasmin et de vie ? Te souviens-tu de ceux qui ont marqu\u00e9 l&rsquo;histoire, comme Tariq ibn Ziyad, Abd al-Rahman al-Awsat, Musa ibn Qasi et tant d&rsquo;autres qui ont laiss\u00e9 leurs empreintes, leurs sentiments et leurs victoires dans les villes de l&rsquo;humanit\u00e9 successive ? Ils ont impr\u00e9gn\u00e9 ces lieux de leur parfum qui se r\u00e9pand encore dans l&rsquo;air, \u00e0 travers la mosa\u00efque, l&rsquo;arabit\u00e9, l&rsquo;amour et la paix. Que la mer soit t\u00e9moin des histoires humaines scell\u00e9es par des couronnes de silence, qui ont besoin de retrouver leur \u00e9clat dans ce bleu vibrant.<\/p>\n<p>Est-ce que \u00ab\u00a0Alfama\u00a0\u00bb, ce quartier qui porte encore le nom donn\u00e9 par les Arabes, continue de briller avec les \u00e2mes de ceux qui y sont pass\u00e9s ? Se purifie-t-il encore avec la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et se parfume-t-il avec la langue de l&rsquo;arabe, qui a introduit plus de trois mille mots dans la langue portugaise ? Au milieu de la Grande Mosqu\u00e9e et de la Kasbah, leurs traces sont encore visibles et profondes dans chaque ruelle, m\u00eame dans les sourires de ton peuple bienveillant, o\u00f9 les coins des rues, les caf\u00e9s, les tavernes et les balcons orn\u00e9s de guirlandes de fleurs restent des lieux de rencontre pour \u00e9changer des discussions et partager le pain du matin, loin du tumulte de la technologie et avec un \u00e9clat du charme de l&rsquo;Orient.<\/p>\n<p>L\u00e0-bas<\/p>\n<p>L\u00e0-bas, dans chaque ruelle, l&rsquo;aube sourit chaque matin, et les cordes \u00e0 linge suspendues sur les balcons nous racontent des histoires d&rsquo;amour \u00e9ternelles. En arpentant les rues de Lisbonne, je me suis souvenu d&rsquo;un roman que j&rsquo;avais lu il y a des ann\u00e9es, \u00ab\u00a0La Nuit de Lisbonne\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9crivain Erich Maria Remarque, un ouvrage rempli de profondes r\u00e9flexions philosophiques. Le h\u00e9ros du roman, en fuite de la guerre nazie, portait sa m\u00e9moire \u00e9puis\u00e9e au milieu de la destruction et de la solitude, tandis que l&rsquo;amour \u00e9tait la seule chose qui le rattachait \u00e0 la vie. Il d\u00e9couvrit alors une nouvelle partie de lui-m\u00eame, face \u00e0 un dilemme : soit il se rendait \u00e0 la mort pour mourir une seule fois, soit il vivait pleinement pour rena\u00eetre des milliers de fois. Combien d&rsquo;histoires as-tu \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, Lisbonne ? Tes cordes \u00e0 linge gardent-elles encore les r\u00e9cits des amours arabes ? Sont-elles termin\u00e9es aussi tristement que la plupart de nos histoires ? Ou bien cherches-tu encore des descendants pour entreprendre le voyage \u00e0 travers les rues pav\u00e9es, les carreaux de fa\u00efence ancienne, les murs des vieilles maisons, les confidences des vieillards, la poussi\u00e8re des livres, et le silence myst\u00e9rieux des tableaux fuyant le seuil de l&rsquo;histoire pour \u00e9crire les plus belles histoires d&rsquo;amour arabes.<\/p>\n<p>Au son du Fado<\/p>\n<p>Une voix triste m\u2019appelait au loin, me faisant me retourner \u00e0 plusieurs reprises. Une voix irr\u00e9sistible qui me rappelait quelque chose de lointain, une qu\u00eate profonde en moi pour le retrouver dans ma m\u00e9moire. C&rsquo;\u00e9tait le Fado, ce m\u00e9lange de sonorit\u00e9s africaines, andalouses arabes et portugaises. Le Fado, qui signifie \u00ab\u00a0le destin\u00a0\u00bb, est l&rsquo;\u00e2me des passants. Par ce chant, ils exprimaient leurs destins, leurs douleurs, leurs souffrances et leurs espoirs \u00e0 travers des notes musicales. Ses th\u00e8mes \u00e9voquent principalement les vagues de la mer, la pauvret\u00e9, les pertes et les r\u00e9voltes des peuples. Les paroles du Fado n&rsquo;ont pas besoin de dictionnaires pour \u00eatre comprises, il suffit de les ressentir. C&rsquo;est le langage de l&rsquo;\u00e2me, m\u00eal\u00e9 aux murmures des lieux. \u00c0 chaque pas, tu respires l&rsquo;histoire et la civilisation, tu sens l&rsquo;odeur de l&rsquo;humain. Cela en fait une musique impr\u00e9gn\u00e9e de fatigue et de citron, d\u00e9di\u00e9e aux travailleurs et aux migrants, en qu\u00eate de leur pays et d&rsquo;eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Le Fado est comme la corde sensible du c\u0153ur, venant des profondeurs des quartiers les plus anciens de Lisbonne. C&rsquo;est une \u00e9chappatoire, une tentative d&rsquo;oublier la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne. \u00c9taient-ils vraiment pauvres, ces chercheurs de beaut\u00e9, ces \u00e2mes \u00e9perdues ? Selon les sources historiques, oui, mais combien la culture s&rsquo;est-elle enrichie gr\u00e2ce \u00e0 eux !<\/p>\n<p>Lisbonne m&rsquo;a fait marcher sans m&rsquo;arr\u00eater, sans ressentir la fatigue, comme si je marchais entre les lignes du pass\u00e9 et du pr\u00e9sent en m\u00eame temps, jusqu&rsquo;\u00e0 atteindre Sintra, la ville des palais l\u00e9gendaires et des ch\u00e2teaux, nich\u00e9e au c\u0153ur des montagnes. Appel\u00e9e par les Romains \u00ab\u00a0les montagnes de la Lune\u00a0\u00bb, elle \u00e9tait le refuge des nobles et de la famille royale. Te souviens-tu de ceux qui ont essay\u00e9 de gravir tes sommets \u00e0 la recherche de la beaut\u00e9 et de la libert\u00e9 ? Par ton charme, po\u00e8tes, \u00e9crivains, silencieux, r\u00e9volutionnaires et vaincus ont \u00e9crit leurs r\u00e9cits. Ceux qui ont triomph\u00e9 de toute leur \u00e2me ont laiss\u00e9 refl\u00e9ter l&rsquo;odeur de l&rsquo;ancien patrimoine arabe et maghr\u00e9bin dans Sintra. Au c\u0153ur de Lisbonne, tu n\u2019as pas besoin de guide touristique. Tous les lieux te sont ouverts, car tu es au milieu d\u2019un mus\u00e9e vivant. Tu te prom\u00e8nes parmi ses nombreux palais et te perds dans ses ruelles, \u00e9crites de la main m\u00eame des r\u00e9cits humains.<\/p>\n<p>Par Ouarda Bougaci<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p> \u0627\u0644\u0645\u062f\u0646 \u0623\u0631\u0648\u0627\u062d \u0628\u0639\u0636\u0647\u0627 \u0645\u0646 \u0645\u062d\u0628\u0629 \u0648 \u0628\u0639\u0636\u0647\u0627 \u0627\u0644\u0622\u062e\u0631 \u0646\u062c\u0639\u0644\u0647 \u0645\u0633\u0643\u0646\u0646\u0627 \u0639\u0646\u062f \u0639\u062a\u0628\u0629 \u0627\u0644\u063a\u064a\u0627\u0628 \u0628\u0642\u0644\u0645   \u0648\u0631\u062f\u0629 \u0628\u0648\u0642\u0627\u0633\u064a <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1942,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[],"class_list":["post-1926","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-actualites"],"translation":{"provider":"WPGlobus","version":"3.0.0","language":"fr","enabled_languages":["ar","fr"],"languages":{"ar":{"title":true,"content":true,"excerpt":true},"fr":{"title":true,"content":true,"excerpt":false}}},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1926"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1926\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1942"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/kalimates.com\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}